Raphaël Sanzio

Raphaël Sanzio naquit, en 1485, dans la petite ville d’Urbin, chef-lieu d’un duché qui fait partie des domaines de l’Eglise.
Jean Sanzio son père était peintre; il fit travailler son fils avec lui dès l’enfance ; mais voyant les progrès rapides du jeune Raphaël, il voulut lui donner le meilleur maître qu’il y eût alors, et le conduisit à Pérouse où il le fit entrer à l’école de Pierre Vanucci, dit le Pérugin.

Pérugin est le dernier grand peintre du quinzième siècle, il conservait encore les traditions de cette sorte de simplicité primitive et de naïveté religieuse qui fit place chez ses successeurs à des qualités d’exécution plus brillantes, mais à une manière de penser et de sentir moins pure et en quelque façon plus profane.

La couleur de ce maître était claire, sans aucun abus et même sans aucune science de – mélange; ses compositions étaient d’une régularité que l’oeil saisissait facilement; son dessin était sans recherche , mais fin et harmonieux ; ses expressions étaient contemplatives et tranquilles.

Raphaël se modela promptement sur ces exemples par une espèce de sympathie instinctive qui le poussait à rendre de préférence toutes les formes dont la grâce, la vérité et la douceur faisaient la principale beauté. Etant à Pérouse, et avant d’avoir atteint l’âge de dix-sept ans, il composa plusieurs tableaux, où, tout en conservant la, manière de Pérugin, il donnait déjà à ses compositions . plus de mouvement et de vie. Vers le même temps, il concourut avec Pinturrichio, autre élève de Pérugin, à orner des fresques la bibliothèque qui sert aujourd’hui de sacristie à la cathédrale de Sienne.

Cependant, dans les premières années du seizième siècle, Florence était devenue le foyer d ’une révolution qui changea la face des arts.

Léonard de Vinci, qui était né longtemps avant dans cette ville, était alors an comble de sa réputation ; il portait dans ses œuvres un travail à ia fois plus étudié et plus gracieux que celui de tous les artistes antérieurs, et il semblait frayer une voie nouvelle.

MichelAnge, qui avait toute la verdeur de la jeunesse, et qui ne s’élait encore illustré que par son ciseau, surpassa tout-à-coup Léonard de Vinci dans la peinture, par l’exécution de son carton de la Guerre de Pise, où l’habitude de l’anatomie et la direction particulière de son génie lui permirent de faire briller tout ce que la science du dessin a de plus merveilleux, de plus difficile et de plus profond.

C’était donc à Florence que se déterminait ce mouvement scientifique qui allait élever l’art au-dessus de ce qu’il avait été dans le siècle précédent, tout en lui faisant perdre quelques unes de ses qualités les plus précieuses.

Raphaël s’était trempé à Pérouse dans la source de l’art naïf et religieux du moyen âge; il sentit le besoin de s’approprier les progrès nouveaux que la science faisait faire à la peinture.

Il vint donc à Florence, il y fit une apparition en 1503; il y séjourna en 4504. Rappelé à Urbin par la mort de son père et de sa mère, il revint, en 1505, dans la ville des Médicis,et y demeura jusqu’en 1508.

Il y eut deux maîtres, l’un Fra Bartolomeo son contemporain, qui joignait à un bon style de dessin un coloris plus riche et plus harmonieux que celai de ses rivaux; l’autre, Masaccio, qui, mort au siècle précédent, avait laissé dans la chapelle del Carmine des modèles où Raphaël pouvait trouver tout ensemble la gracieuse simplicité du moyen âge qu’il aimait tant! et le commencement de cette manière savante vers laquelle tout l’art nouveau de son siècle était tourné.

Quelque envie qu’ü eût dès lors de se mettre en harmonie avec les progrès que la peinture faisait chaque jour, les tableaux qu’il exécuta à Florence, et qui sont en grand nombre, portent encore l’empreinte fidèle des leçons et des exemples de Pérugin.

La sobriété presque nue de la composition, la clarté des tons, l’exactitude un peu sècne du dessin, la douceur des expressions, en font encore le plus grand charme.
C’est ce qu’on appelle la première manière de Raphaël; il se trouve des gens qui la préfèrent à celles qu’il eut ensuite.

Le tableau de la Vierge, connu sous le nom de la Jardinière, que possède le Musée de Paris, est un des chefs-d’œuvre de cette manière.
Fortifié par toutes les études qu’il avait faites, Raphaël songeait à lutter avec Léonard de Vinci et Michel-Ange dans le lieu même de leur triomphe, et il allait solliciter à Florence de grands travaux dignes de soutenir la comparaison avec ceux de ces deux maîtres, lorsqu’il fut appelé à Rome.

Le pape Jules II , après avoir ouvert la carrière à son génie, voulut couronner par la gloire des arts la suprématie qu’il avait donnée au Saint-Siège par l’habileté de ses négociations et par la force de ses armes.

Il confia à Bramante, son architecte, le soin d’éîever des temples et des palais qui fussent à la hauteur de ses grandes vues politiques.

Bramante fit venir à Rome Raphaël qui était son parent. Jules II accueillit avec bienveillance le jeune artiste qui n’était âgé que de vingt-cinq ans.

Il le chargea de décorer les salles du Vatican, et lui ordonna de commencer sans délai celle que l’on appelle délia Segnatura.
Les tableaux que Raphaël avait déjà composés auraient suffi pour l’immortaliser.
En peignant la salle délia Segnatura, il se mit hors de toute comparaison.
Comme cette salle servait d’introduction, et pour ainsi dire de préface à toutes les autres, il voulut y formuler avec son pinceau les pensées qui, selon lui, présidaient au développement de l’histoire humaine dont il devait reproduire les principaux événements dans les salles suivantes.

Il choisit donc pour sujets des quatre fresques qu’il joignit dans la première, quatre sujets abstraits : la Théologie, la Philosophie, la Poésie et la Justice.
Il représenta la Théologie par la Dispute des docteurs sur le Saint-Sacrement t la Philosophie par l’Ecole d’Athè­nes, la Poésie par le Parnasse, la Justice par la Jurisprudence.
C’est ainsi qu’on nomme les quatre grandes pages de cette salle. Raphaël commença par peindre la Dispute du Saint Sacrement.

On y retrouve le plus bel effort de sa première manière, cette limpidité de tons, ce ravissement calme d’expressions et d’effet qui sont le propre des peintures religieuses du moyen âge et le cachet particulier de l’école de Pérugin : on ne saurait assurément trouver une forme plus appropriée au sujet.

L’école d’Athènes, que Raphaël peignit ensuite, offre, au contraire, le commencement de sa seconde manière; ici tout est plus savant, plus vivant, plus raisonné; les lumières sont plus contrastées par l’ombre; les groupes sont jetés avec une habileté plus calculée; le caractère des figures est moins divin, mais il a une sorte de profondeur humaine et réfléchie qui tient d’une civilisation plus douteuse et plus philosophique.

Leave a comment