Les libraires et imprimeurs à Paris au 17ème siècle

La censure exercée sur les livres était fort rigoureuse; le parlement lui donnait la sanction de ses arrêts, et il y avait des cas de peine de mort.

Cela n’empêchait pas qu’il ne s’imprimât et qu’il ne se vendit une foule de pamphlets, de livres diffamatoires, d’ouvrages dangereux.

Les Lettres de Gui Patin sont pleines de mentions de libraires ou d’imprimeurs emprisonnés à raison des pièces mazarinesques qu’ils débitaient.

En 1649, un libraire du palais, nommé Vivener, fut pour ce délit condamné à cinq ans de galères.

Le lieutenant civil rendit la même année une terrible sentence contre une famille entière d’imprimeurs et de vendeurs de mazarinades : le fils aîné fut condamné à être pendu, la mère à assister au supplice et à recevoir le fouet dans les carrefours; le second fils aux galères.

En 1694, un compagnon imprimeur et un garçon libraire furent pendus, une femme mise à la Bastille, deux autres personnages emprisonnés par sentence de M. de la Reynie, à cause d’un libelle sur le mariage du roi avec madame de Maintenon.

La crainte de ces rigueurs, qui, du reste, étaient souvent modérées en appel au parlement, faisait que beaucoup de livres français s’imprimaient en Hollande ou à Genève; on les introduisait frauduleusement en France.

L’auteur des Lettres à Charles Spon donne des détails sur les obstacles qu’éprouva la publication des Provinciales de Pascal :

« Les jésuites persécutent ici cruellement quelques libraires qu’ils ont soupçonnés avoir imprimé quelque chose pour le Port-Royal, et entre autres les dix-huit lettres ; ils en ont fait meure un prisonnier qu’ils ont fait enlever en plein minuit, et se sont rendus les matircs de sa boutique, et ont fouillé partout. Il s’appelle Desprez, à l’enseigne de saint Prosper, rue Saint-Jacques. Ils ont aussi découvert l’imprimeur nommé Langlois, qu’ils Ont mis dans la Bastille. » (Lettre du 14 juin 1657.) A côté de ces faits, il est juste de citer le suivant, que raconte La Caille dans son Histoire de Vimprimerie. Antoine Berihier, libraire de Paris, ayant imprimé, en 1560, une histoire du cardinal de Richelieu par Auberi (3-voL in-fol.), et craignant d’être inquiété, alla trouver la reine-mère* 11 lui représenta qu’il n’osait publier l’histoire d’Auberi sans une autorité et une protection’particulière de Sa Majesté, « parce qu’il y avoit plusieurs personnes qui s’étoient bien remises en cour, dont la conduite passée, n’ayant pas été régulière, et étant marquée fort désavantageusement pour eux dans ces Mémoires, ne manqueroient pas de lui susciter des affaires fâcheuses. — Allez, lui dit la reine, travaillez sans crainte, et faites tant de honte au vice qu’il ne reste que de la vertu en France. »

(Lettre du 14 juin 1657.)

A côté de ces faits, il est juste de citer le suivant, que raconte La Caille dans son Histoire de l’imprimerie.

Antoine Berihier, libraire de Paris, ayant imprimé, en 1560, une histoire du cardinal de Richelieu par Auberi (3-vol in-fol.), et craignant d’être inquiété, alla trouver la reine-mère.

Il lui représenta qu’il n’osait publier l’histoire d’Auberi sans une autorité et une protection particulière de Sa Majesté,

« parce qu’il y avoit plusieurs personnes qui s’étoient bien remises en cour, dont la conduite passée, n’ayant pas été régulière, et étant marquée fort désavantageusement pour eux dans ces Mémoires, ne manqueroient pas de lui susciter des affaires fâcheuses. — Allez, lui dit la reine, travaillez sans crainte, et faites tant de honte au vice qu’il ne reste que de la vertu en France. »

Une autre censure que celle du gouvernement, la censure de l’opinion publique, s’est exercée sur les libraires et imprimeurs, et sur les livres du dix-septième siècle.

Bayle reproche aux libraires d’anticiper les dates des livres, d’en rafraîchir la première page afin de les faire passer pour nouveaux, et de marquer faussement de nouvelles éditions.

Il dit qu’on les accuse d’aimer mieux imprimer de méchants livres que de bons; mais que cela vient surtout de la faute du goût public.
Patin traite en plusieurs endroits de ses lettres les libraires de son temps d’une manière fort dure c’étaient, à l’en croire, des fripons, des coupeurs de bourses, des sots, des menteurs, des ignorants; les mots sont en latin et assaisonnés d’épithètes à l’avenant.
Boileau se plaint qu’on ne voit affichés sur les murs de Paris que des recueils d’amourettes , de vers, de contes bleus, de frivoles sornette», et que les ouvrages de Scudéri trouvent toujours un  marchand pour les veudre, et des sots pour les lire.

Plusieurs libraires s’enrichirent dans leur commerce. Boileau se vantait d’avoir fait la fortune de Thierry son libraire.

Les couvents, les bibliophiles, les grands seigneurs se plaisaient à meubler leurs bibliothèques de ces ouvrages volumineux et chers qui trouveraient aujourd’hui si difficilement des acheteurs ; les livres de piété, les romans, les vers, les lettres, les pièces de théâtre avaient un débit considérable citez les gentilshommes et dans la bourgeoisie aisée; les pamphlets, comme on l’a vu, faisaient fureur.

Bigot, bibliophile du dix-septième siècle, disait que, pour acheter des livres, il choisissait la veille ou le lendemain des fêles et la veille, suivant lui :
les libraires vendaient bon marché, afin d’avoir de quoi s’amuser ; le lendemain, ils faisaient de même pour remplir leur bourse vide.

La profession d ’homme de lettres n’étalt lucrative que pour certains privilégiés, Boileau revient souvent sur l’état précaire des auteurs de son temps, et sa première satire a pour sujet Cassandre, poète misanthrope, qu’il introduit sous le nom de Damon, et qui mourut sur un grabat.

Dans la foule effroyable des rimeurs affamés, Il flagelle le pauvre Saint Amant ainsi que Colletet, attendant pour dîner le succès d’un sonnet, et allant chercher son pain de cuisine en cuisine.

Lui-même, quoique au-dessus du besoin, se dépeint comme n’ayant ni foi ni loi.
J. Baudouin, membre de l’Académie française, et P. Duryer, faisaient pour les libraires des traductions & trente sous ou un écu la feuille, et des vers à quatre francs le cent quand ils étaient grands, et à quarante sous quand ils étaient petits.

C’était surtout au moyen des pensions de la cour et des grands seigneurs, eu moyen de quelques places de bibliothécaires, de secrétaires, ou de certains bénéfices ecclésiastiques, que les gens de lettres pouvaient faire figure.
Cependant on connaît des exceptions.

Scarron, en parlant des sommes que lui payait pour la vente de ses livres le libraire Quinet, appelle ce revenu son marquisat de Quinet, Voiture, d’après Tallemant des Réaux, avait, certaines années, 18 000 livres à manger.

Le même Tallemant nous apprend qu’en 1656 le libraire Courbé paya à Chapelain, pour les six premiers chants du poème de la Pucelle, qui avait fait tant de bruit avant son apparition, une somme de 2 000 livres, puis de 1 000 livres quand on fit une édition en petit format pour empêcher la vente d’une contrefaçon hollandaise, plus, cent cinquante exemplaires de l’ouvrage.

Le poème se vendait fort cher à 15 livres en petit papier, et 25 en grand.

L’auteur avait imaginé un moyen économique de se faire des amis sans sacrifier beaucoup de volumes ; il associait deux personnes pour un exemplaire, excepté quand il s’agissait des gens qu’il craignait, des pestes, comme les appelle Tallemant.

C’est au sujet de la Pucelle qu’a été laite l’épigramme que voici

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